Le XVIe Congrès
« Et vous serez mes témoins »
(Ac 1,8)

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Message du Patriarche œcuménique Bartholomée


Message du Métropolite Athénagoras de Belgique




Du 1er au 4 novembre 2018 s’est tenu, sous l’égide de l’Assemblée de évêques orthodoxes de France, le XVIe Congrès orthodoxe organisé par la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale. Honoré de la présence de l’Archevêque Jean (Archevêché des paroisses de tradition russes en Europe occidentale – Patriarcat Œcuménique de Constantinople), de l’Évêque Nestor (Diocèse de Chersonèse – Patriarcat de Moscou), du Métropolite Joseph (Métropole roumaine d’Europe occidentale et méridionale – Patriarcat de Roumanie) et de son évêque auxiliaire Mgr Marc de Neamt, le Congrès a également reçu les salutations du Patriarche œcuménique Bartholomée ainsi que du Métropolite Athénagoras de Belgique. Rassemblant à Sainte-Tulle (Alpes-de-Haute-Provence – France), plus de 400 participants, majoritairement de France, mais aussi des autres pays d’Europe, cet événement a montré que le désir de vivre ensemble le mystère de l’Église reste intense, malgré le morcellement et les divisions que connaissent les orthodoxes d’Occident.
Lors de l’ouverture, le Secrétaire général de la Fraternité, Daniel Lossky, a présenté le programme et introduit la portée théologique de la parole du Christ, choisie pour thème central : « Et vous serez mes témoins » (Ac 1,8).
La session plénière qui a suivi a eu comme intervenante principale, Inga Leonova, laïque orthodoxe américaine, professeure d'architecture à Boston et directrice de la revue The Wheel. Dans sa conférence en anglais, traduite simultanément en français, Inga Leonova a insisté sur le fait que la foi chrétienne est, avant tout, foi dans la personne du Christ et rencontre avec lui. Trop souvent, l'histoire ecclésiale a réduit le christianisme à des valeurs à un enseignement moral, parfois exclusif, négligeant par-là Jésus-Christ et son regard ouvert sur tout le genre humain.
Répondant à l'intervention d'Inga Leonova, le P. Spyridon Tsimouris, prêtre du diocèse du Pirée (région d'Athènes, Grèce), a témoigné de la vie de sa communauté face aux défis de la migration, particulièrement perceptibles dans la région où il vit : devant les flots de réfugiés débarquant au Pirée et à Athènes, l'Église s'est retrouvée face à elle-même, face à l'homme total, dans le visage duquel le Christ total se rend participable, dans l'amour fraternel. La session s'est clôturée par des échanges multiples avec l'assistance.
La divine liturgie inaugurale, vendredi matin, présidée par Mgr Joseph, a donné l’occasion de rappeler à quel point l’unité de l’Église s’enracine avant tout dans le mystère eucharistique, célébrée tous ensemble.
L’intervenant principal de la séance plénière de la matinée était Constantin Sigov, laïque orthodoxe, philosophe et théologien, directeur de recherche à l’Université Mohyla à Kiev et engagé au sein de l’association « les Enfants de l’espérance » qui, depuis 2014, s’occupe d’orphelins victimes de la guerre du Donbass. Constantin Sigov a présenté comment, pour le chrétien, le travail social n’est pas un simple engagement humanitaire mais s’enracine dans une démarche de rencontre avec le prochain et avec le Christ. Il a notamment souligné comment une telle rencontre, dépassant la haine et l’indifférence à l’autre, exige une espérance qui dépasse toute mesure humaine.
Cette réflexion a été prolongée dans une autre perspective par le P. Kaleeg Hainsworth, prêtre orthodoxe dans la région de Vancouver Canada. Après avoir accompli un travail missionnaire au cœur de la société nord-américaine, le P. Kaleeg, s’est engagé pour la défense de l’environnement. Au cours de son exposé, accompagné de saisissantes images du film qu’il est en train de réalisé autour de l’attitude des communautés orthodoxes face aux conséquences dramatiques du réchauffement climatique, le P. Kaleeg a notamment rappelé l’urgence de ne pas céder à l’indifférence face aux victimes humaines que les problèmes écologiques ont faites, et feront à l’avenir. D’autre part, son intervention a rappelé que l’on ne peut rester impassible devant la dégradation de la création dont la beauté reflète celle de Dieu.
Le vendredi après-midi, deux tables rondes simultanées se sont tenues. L’une portant sur le témoignage du Christ par la liturgie, l’autre sur les enjeux actuels de bioéthique.
Lors de la première, modérée par André Lossky (Diacre et professeur à l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge de Paris), les trois invités ont présenté chacun un point de vue, avant de dialoguer d’abord entre eux, puis avec les participants. Le P. Stephen Maxfield, prêtre de paroisse à Shrewsbury (Midland, Royaume-Uni), a insisté sur l’importance de la beauté, sous toutes ses formes, dans la célébration, dont le déroulement reflète la splendeur de la liturgie céleste incessante, selon les mots des légats du Prince Vladimir. Ce fut ensuite Alexis Obolensky, artiste-plasticien et marguillier d’une paroisse à Nice, qui rappela d’abord le lien entre les textes évangéliques relatant les événements accomplis par le Sauveur et leur illustration par des images, avant de présenter un montage audio-visuel pour montrer des bas-reliefs iconographiques. Enfin, le P. Jean Gueit, prêtre de paroisse à Marseille, a insisté dans sa présentation sur le rôle de chaque ministre au sein de l’assemblée liturgique, pour que la célébration ne soit pas réduite à une affaire du seul président ou prêtre. Les débats ont insisté sur l’interaction entre les rôles dans l’assemblée, notamment celui du diacre, dont l’action n’est pas un simple ornement esthétique, mais souligne la dimension communautaire de toute liturgie comme manifestation de l’assemblée constituée en Corps du Christ.
La seconde table ronde a été introduite et modérée par le P. Christophe D'Aloisio (membre du Bureau de la Fraternité et professeur à l'Institut Orthodoxe Saint-Jean-le-Théologien de Bruxelles) qui a rappelé la table ronde sur le même sujet qui s'est tenue au précédent congrès orthodoxe, à Bordeaux en 2015 ; depuis lors, les débats de bioéthique sont restés au centre des préoccupations de tous. Tout d'abord, Bertrand Vergely (professeur à l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge de Paris) a pris le temps de définir la discipline elle-même de l'éthique théologique et sa déclinaison particulière que constitue la bioéthique. Ensuite, Julia Vidovic (professeure à l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge de Paris) a fait une synthèse sur les États Généraux de la Bioéthique, qui se sont tenus par toute la France dans les derniers mois, et exposé la position que l'Église orthodoxe y a défendue. Ont suivi des éclairages apportés par deux médecins, André Krajévitch (anesthésiste) et Denys Clément (obstétricien et également membre du Bureau de la Fraternité). La table ronde a donné lieu à un riche échange avec l'assistance, nombreuse, forcément interpellée par ces débats qui font l'actualité dans toutes les sociétés occidentales contemporaines.
Ensuite, deux hommages ont été rendus le premier sous forme d’un film documentaire, spécifiquement réalisé pour le Congrès par Mgr Athénagoras, à la mémoire du P. Ignace Peckstadt (1926-2016) qui dès les années 1970 s’est activement engagé au sein de la Fraternité. Puis un groupe de fidèles à rendu hommage au Père Claude Hiffler (1934-2010) qui, avant même de devenir prêtre pour la paroisse d’Avignon en 2007, a beaucoup œuvré pour rassembler les fidèles du Sud-Est.
Lors de la soirée du vendredi, eut lieu un échange d’informations et de points de vue autour de la situation ecclésiale en Ukraine et ses conséquences pour le monde orthodoxe.
La séance plénière du samedi matin, une table-ronde œcuménique, était consacrée au thème : comment témoigner du Christ par-delà les divisions des chrétiens ? Elle a rassemblé des intervenants de diverses confessions, tous engagés dans des initiatives de dialogue œcuménique : la pasteur Agnès Von Kirchbach, enseignante à l’Institut Supérieur d’Études Œcuméniques, le P. Pierre Lathuilière du diocèse catholique de Lyon, le frère Richard de la communauté œcuménique de Taizé, Noël Ruffieux, laïc orthodoxe notamment co-auteur de l’ouvrage Pour que plus rien ne nous sépare. Trois voix pour l’unité. Sous la houlette des modérateurs Michel Stavrou, professeur de dogmatique à Saint-Serge, et Olga Laham, écrivain, les participants ont dialogué sur la possibilité d’avoir un témoignage de foi commun et les modalités d’actions possibles pour répondre ensemble aux besoins du monde contemporain. À travers la diversité des approches s’est exprimée la notion centrale pour tous du témoignage donné par une communauté unie dans la communion du Christ et la nécessité, pour œuvrer au rétablissement d’une telle communion, d’une démarche active d’ouverture. Cette dynamique d’ouverture n’est rendue possible que par une conversion personnelle de chacun au Christ impliquant le renoncement à certaines prérogatives confessionnelles toutes humaines qui entravent notre relation à Dieu et à l’autre, donc notre témoignage chrétien dans le monde.
Les vendredi et samedi après-midi se sont tenus un certain nombre d’ateliers qui ont permis de poursuivre la réflexion en petits groupes autour de sujets variés.
Le samedi après-midi, le P. Jean Gueit a synthétisé les réflexions qui ont jalonné le Congrès. Lors de cette séance conclusive, le P. Jean est revenu sur l’importance de témoignage ici et maintenant, dans un monde en pleine mutation et l’importance du resourcement liturgique.
Cette rencontre a enfin été couronnée par la célébration commune de la Résurrection du Christ, lors vigiles du samedi soir et de la liturgie du dimanche.
Ces quelques jours de jours de réflexion ont également été l’occasion pour les participants d’élaborer un court message à l’intention des Primats des Églises orthodoxes, pour leur faire part de la douleur causée par l’impossibilité de prendre part tous ensemble à la communion eucharistique et les inviter à tout mettre en œuvre pour faire cesser la rupture de communion qui, notamment en Europe occidentale, déchire communautés et familles.
Ces quatre jours ont ainsi été l’occasion de rappeler, aussi bien en acte qu’en paroles, à quel point le témoignage de l’évangile ne peut s’enraciner que dans la communauté assemblée au nom de Jésus-Christ. Celle-ci constitue l’espace privilégié où le souffle vivifiant de l’Esprit transforme des femmes et des hommes ordinaires en authentiques témoins du Seigneur dans le monde.