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Aperçu de l'Église orthodoxe

Le sens de l'Église



Cette icône russe, peinte par André Roublev au 15e siècle, représente la visite des trois anges à Abraham (relatée en Gn 18). L’épisode a souvent été interprété par les Pères comme une manifestation des trois Personnes de la Trinité, c’est pourquoi cette icône est couramment appelée icône de la Trinité.

La composition iconographique, devenue classique dans le monde orthodoxe, est l’une des dernières à avoir vu le jour, elle dépasse largement son rôle initial de récapituler le récit de la genèse et propose une puissante synthèse théologique qui permet d'aborder le mystère de l'Église.

Vie trinitaire et vie ecclésiale

La disposition des personnages de l'icône et les regards qu’ils échangent évoquent la circularité d’amour qui unit les trois Personnes divines. Dans cette relation, chacune d’elles est honorée par les deux autres et chacune d’elles s’offre totalement aux deux autres. Leur communion est si parfaite que la diversité des Personnes est unie en un seul Dieu. Chaque Personne est indissociable des deux autres et chacune d’entre elles, par le mystère de la Vie trinitaire, manifeste la plénitude de la divinité. (La plénitude manifestée par un membre est ce que l’on appelle la catholicité.)

De plus, cette Unité sublime n’est pas repliée sur elle-même ; le cercle des trois Personnes reste ouvert. Dans son amour libre et gratuit, Dieu suscite un projet créateur et désire étendre son amour à l’infini. L’ensemble du créé est ainsi appelé à accroître sa relation avec Dieu, jusqu’à atteindre une communion totale et sans limite avec lui en devenant « participant de la nature divine. » (2P 1,4) Ce mouvement d’ouverture du cercle trinitaire n’est donc pas à envisager comme une distance séparatrice, mais au contraire comme un espace de création, de rencontre et de relation libres et perpétuellement renouvelées.

Les trois Personnes laissent apparaître au centre une table, sur laquelle est disposée une coupe contenant un veau apprêté. Dieu convie le monde créé à s’unir à lui en l’invitant à partager sa table. Cela renvoie à l’image du festin commune à plusieurs paraboles pour évoquer l’intimité avec Dieu dans le Royaume. (Mt 22,1-14 ; 25,1-13 ; Lc 14,15-24 ; 15,11-32) La coupe contient une nourriture qui scelle la communion entre ceux qui la partagent, il s’agit ici du veau offert par Abraham et auquel fait écho le veau gras immolé pour fêter le retour du fils. (Gn 18,7 et Lc 15,23) On peut donc voir là une allusion à Jésus-Christ, deuxième Personne de la Trinité, qui s’offre lui-même en sacrifice de communion, non seulement pour réconcilier Dieu et sa création, séparés par le péché, mais surtout pour offrir la Vie éternelle dans une union parfaite avec lui. Grâce à l’œuvre de salut accomplie par le Christ, une véritable communion entre Dieu et toute la création devient possible et c’est le mystère de l’Eucharistie qui réactualise, ici et maintenant, ce projet de vie inauguré par le Christ et perpétué par la grâce du Saint-Esprit.

L’œuvre du salut a ainsi ouvert une ère nouvelle pour la création entière, elle se caractérise par un nouveau mode de relation à Dieu. Le germe d’une communion parfaite entre Dieu et l’homme – ainsi que des hommes entre eux – est désormais présent dans ce monde. Cette œuvre culmine autour de deux évènements complémentaires :

La Résurrection du Christ d’entre les morts : en ressortant victorieux de la mort, le Christ ouvre à la création mortelle l’accès au Royaume de Dieu.
La descente du Saint Esprit lors de la Pentecôte : en venant demeurer parmi les hommes l’Esprit rend ce Royaume accessible à tous, en tout temps et en tous lieux. Son œuvre est ainsi de faire le lien entre la création et Dieu, c’est-à-dire de rendre saint.
La réalité de ce salut se manifeste dans le rassemblement de l’Église. L’Église trouve donc sa raison d’être en Jésus-Christ qui unit dans sa Personne le créé et l’incréé et qui, par le Saint Esprit, invite le monde entier à rencontrer le Père et à entrer dans l’intimité de la Vie trinitaire.

Dans cette perspective, l’Église constitue une semence du Royaume à venir plantée sur cette terre, un reflet de l’Assemblée trinitaire appelé à toujours se conformer davantage à son modèle. Cette réalité de l’Église devient alors concrète dans l’assemblée eucharistique où se rejoignent la rencontre avec l’autre et l’union intime avec le Tout-Autre.


Église et communauté eucharistique

Après la Résurrection du Christ et la venue du Saint-Esprit, la communauté des Apôtres établie à Jérusalem est devenue l’Église. À l’image du cercle trinitaire, cette Église n’est pas restée close sur elle-même, mais chaque jour il s’y adjoignait de nouveaux membres. (cf. Ac 2,47) Les Apôtres, relayés par leurs successeurs, ont ensuite prêché cette vie nouvelle dans le monde entier.

Ceux qui adhérent à l’enseignement des Apôtres sont invités à entrer dans la communauté de l’Église par le baptême et la réception du Saint Esprit. (Ac 2,38) Le croyant s’incorpore ainsi au Christ. Par l’immersion dans l’eau il participe à la mort et à la résurrection. Il devient « une créature nouvelle » (Ga 6,15) ne vivant plus avec la mort pour horizon, mais la Vie éternelle, inaugurée dès ici-bas. (cf. entre autre Rm 6,3-23; Col 3,2-4)

Le baptisé est ensuite introduit dans la communauté, il reçoit alors le don du Saint Esprit. L’Esprit qui repose dans l’Église depuis la Pentecôte est envoyé sur le nouveau baptisé par l’intermédiaire d’une imposition des mains ou d’une onction (pratiqué aujourd’hui à l’aide du saint chrême), le nouveau membre devient alors lui aussi christ, c’est à dire oint du Saint Esprit. Le croyant s’incorpore donc au Christ par l’intermédiaire de la communauté, l’Église est en effet le prolongement du corps du Christ. (Col 1,24; Ep 4,15)

Ainsi, les croyants sont-ils invités à faire croître incessamment ce don de la Vie en Christ. Ils sont appelés à approfondir leur adhésion à l’enseignement des Apôtres et à se réincorporer régulièrement au Christ à travers la communauté et l’offrande eucharistique du pain et du vin qui permettent la participation au corps et au sang divins.

En rompant le pain offert à Dieu en mémoire de l’œuvre de salut du Christ, la communauté ne célèbre pas un souvenir, mais elle prolonge cette œuvre de salut. (1Co 11,23-25) Le rassemblement régulier des fidèles est donc centré sur l’enseignement des Apôtres et la fraction du pain. (Ac 2,42) Nous retrouvons cela dans les deux temps de la divine liturgie :

La lecture de plusieurs passages du Nouveau Testament, accompagnée d’une prédication.
La louange d’action de grâce, accompagnée de l’offrande du pain et du vin et de la participation à la communion.


Incarnation dans l'histoire de la réalité ecclésiale

La structure ecclésiale n’est pas l’application d’un modèle théorique parfait ou supposé tel, mais elle participe du mystère de l'Incarnation de Dieu dans l'humanité. Il s'agit donc d'un processus constant et toujours tendu vers l'actualisation de la vie en Dieu, du Royaume des Cieux.

La structure actuelle de l'Église orthodoxe s’est donc construite au fil des circonstances historiques, son élaboration est notamment liée à la destinée de l’Empire romain: l'Église y a d'abord été persécutée, puis elle a dû faire face à la reconnaissance officielle de son existence, à la désagrégation et la chute de l'État qui l'avait soutenue, ainsi qu'à l’expansion de la foi au-delà des frontières de l’Empire. Elle a su progressivement s’affranchir des différentes situations politiques des territoires christianisés.

Au fur et à mesure de son élaboration, cette structure ecclésiale a été validée ou amendée lors des différents conciles œcuméniques ou pan-orthodoxes.

Par son caractère à la fois territorial et conciliaire, l'organisation ecclésiale s’inscrit dans la continuité de l’œuvre des Apôtres, elle cherche à manifester la plénitude du corps du Christ dans chaque assemblée eucharistique et à préserver l’Unité de la foi au sein de la diversité des communautés locales. Par sa continuelle adaptation aux différentes situations, elle répond au souci de toujours maintenir la catholicité de l’Église.



La première expansion de l’Église

À la suite de persécutions, la plupart des membres de l’Église de Jérusalem se dispersèrent, ce qui suscita la création de nouvelles communautés. (Ac 8,1sqq) Loin de provoquer la dislocation de l'unité ecclésiale cette dispersion a permis un accroissement du corps ecclésial. Les Apôtres effectuaient alors de nombreux voyages pour prolonger cette extension de l’Église et fonder de nouvelles communautés dans le maximum de régions possibles. Durant leurs séjours, ce sont eux qui présidaient les rassemblements, (cf. par exemple Ac 13 – 14) puis, après leur départ, ils confiaient la présidence de l’Église nouvellement fondée à un collège d’anciens, les presbytres - c’est à dire les prêtres - (Ac 14,23; Tt 1,5) assistés dans leurs fonctions par les diacres. (Ac 6,1-7; Ph 1,1; 1Tm 3,8)

Les Apôtres ont eu alors le souci de maintenir le lien entre toutes les Églises, c’est pour cela qu’ils leur rendaient fréquemment visite, qu’ils leur écrivaient des lettres, (Ac 15,23.36) destinées ensuite à être échangée avec les autres Églises (Col 4,16). Ils se réunissaient également pour trancher des questions litigieuses. (Ac 15,5-31) L’entretien de ces liens était le reflet tangible de la catholicité de l’Église : chaque communauté ecclésiale doit être reconnue par toutes les autres et chacune doit être représentative de l’Église toute entière.

Après la mort des Apôtres, une fonction nouvelle émergea alors dans les communautés, celle de l’épiscope ou évêque. Au départ, ce rôle est confondu avec celui des anciens. (Ac 20,17.28 ; 1Tm 3,5) Il devint ensuite non seulement celui qui préside de façon permanente l’assemblée eucharistique en un lieu donné, mais aussi celui qui maintient la communion avec les autres Églises. Il était choisi par la communauté pour présider le collège des anciens et il était confirmé dans sa fonction par les évêques des communautés voisines.

L’évêque est donc le garant, en un lieu donné, de la catholicité de l’Église. Il ne préside qu’une seule communauté, mais il est l’évêque de l’Église toute entière. En ce sens on peut affirmer qu'au sein de son diocèse, il tient la place du Christ.

On a une trace de cette conscience aiguë de la fonction épiscopale et de la catholicité de l’Église chez les premiers chrétiens à travers les lettres échangées entre les Églises ; elles s’y reconnaissent mutuellement comme « l’Église de Dieu » qui séjourne en tel ou tel lieu, autour de tel ou tel évêque.

L’Église demeure donc en des territoires différents mais, par sa nature, elle reste ancrée dans l'unique Royaume des Cieux.



Les chrétiens dans l'Empire

Par la suite, avec la reconnaissance du christianisme au IVe s. et l’augmentation du nombre de fidèles, une série de changements modifient progressivement le rôle des évêques ainsi que leur relations mutuelles :

Les évêques délèguent aux prêtres la présidence de l’Eucharistie, tout en restant à la tête de chacune des communautés de leur territoire, constitué originellement d’une ville et des villages alentour.
Les évêques des grandes villes (les métropolites) reçoivent pour mission, en plus de leur charge épiscopale ordinaire, de coordonner les évêques des villes voisines. (anciennement ce découpage suivait les circonscriptions des provinces impériales)
Plus tard, les métropolites se regroupent sous l’autorité de l’évêque de la capitale la plus proche : le primat, suivant les régions et les époques, il est appelé pape, patriarche, catholicos ou archevêque.
L’un de ces primats, le premier parmi les égaux, a la responsabilité de maintenir la communion entre tous les évêques. Cette charge est d’abord assumée par le Pape de Rome, puis par le patriarche de Constantinople (aujourd’hui Istanbul), c’est pourquoi il porte le titre d’Œcuménique, c’est-à-dire universel.
Cette structure ecclésiale se caractérise d’abord par son organisation territoriale : les fidèles résidant en un même lieu se regroupent en une seule communauté eucharistique, présidée par un seul évêque. Les évêques exercent leur autorité seuls, sur un territoire unique, délimité par le territoire des évêques voisins. Quel que soit leur degré de responsabilité, les métropolites ou les primats n’exercent pas d’autorité directe sur les communautés qui dépendent d’autres évêques, même si ces évêques font parti de leur sphère d’influence.

Cependant, afin que le système territorial ne devienne trop cloisonné – et ne se réduise à une association d’Églises indépendantes – et pour éviter que les évêques n’exercent une autorité arbitraire et absolue, les métropolites et les primats se doivent de convoquer régulièrement des assemblées d’évêques, appelés conciles ou synodes. Lorsque ces conciles réunissent suffisamment de prélats et portent sur des décisions jugées salutaires pour l’ensemble de l’Église, ils sont qualifiés par la suite d’œcuméniques ou de pan-orthodoxes.

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Les conflits ecclésiologiques

La séparation entre les catholiques et les orthodoxes
À partir du IXe siècle, les circonstances historiques poussèrent le premier primat de l’Église, à cette époque le Pape de Rome, à exercer une autorité de plus en plus grande au sein des diocèses qui dépendaient de lui et à revendiquer cette autorité sur d’autres communautés, relevant de la sphère d’influence de Constantinople. Il s’ensuivit une tension croissante dans les relations entre Églises, largement aggravée – parfois même provoquée – par le fait que, pour des raisons politiques, les empereurs d’Orient cherchaient depuis longtemps à faire de l’Archevêque de Constantinople le premier évêque parmi les égaux.

Cette rivalité, indigne de l’esprit évangélique, ternit les relations entre Églises pendant tout le Moyen Age et aboutit à une séparation progressive des Églises d’Orient et d’Occident ainsi qu’à l’émergence d’une nouvelle structure ecclésiologique centrée sur le rôle du Pape de Rome. C’est ce qui explique la séparation entre les Églises catholique et orthodoxes. Même si d’autres querelles théologiques ont été amalgamées à cette rupture, la cause profonde – et toujours d’actualité – de cette division, est une divergence d’ordre ecclésiologique. Ce différent porte sur la nécessité ou non de faire dépendre les évêques – ainsi que l’ensemble des croyants – d’un membre de l’Église revêtu d’un charisme différent. Il y a donc finalement une divergence sur la nature du ministère épiscopal lui-même.

Le nationalisme religieux
Par ailleurs, après le Moyen Age, avec l’émergence du concept de nationalisme, puis l’éclatement de l’empire ottoman, la plupart des pays d’Europe de l’Est ont été pourvus d’Églises dites autocéphales, c’est à dire d’une structure ecclésiale où l’évêque de la capitale est primat d’une Église dont le territoire coïncide avec les frontières de l’État. Cette adaptation reste conforme à l’ecclésiologie apostolique, tant que l’adhésion à la nation ne prime pas sur l’adhésion au Christ.

Or, suite aux différents conflits, le sentiment de fierté national fut parfois poussé à son comble et l’adhésion à la foi orthodoxe servit alors de critère d’identité nationale, dénaturant ainsi le rôle de l’Église. Cela devint manifeste lorsque les frontières des états ont changé ou lorsque les flux migratoires ont conduit à l’établissement de nombreuses communautés émigrées. Certains primats d’Églises ont alors revendiqué une autorité sur des communautés se trouvant sur le territoire d’un autre primat.

Dans ce contexte, en 1872, les évêques orthodoxes se sont réunis à Constantinople pour statuer sur ces questions ecclésiologiques. La prédominance du critère national sur l’adhésion au Christ a alors été condamnée comme une hérésie qui porte le nom d’ethnophylétisme.





L’Église orthodoxe au XXe siècle


L’Église orthodoxe est restée présente dans la majorité des territoires où s’est déroulée son histoire ancienne. Le rayonnement de la foi au-delà des frontières de l’Empire a conduit à la fondation des Églises qui se trouvent actuellement dans le monde slave.

Le centre historique de l’orthodoxie se trouve donc entre le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Europe centrale et orientale. Dans ces régions la structure ecclésiale répond aux critères territoriaux.

On peut cependant déplorer qu’il reste toujours des divisons suscitées par les querelles théologiques du Ve siècle : les Églises éthiopienne, copte (en Égypte), arménienne, syrienne (Araméens, Chaldéens,…), indienne et érythréenne avaient alors été exclues par les autres Églises. Cette situation tend à se résorber car il ressort des rencontres entre théologiens qu’il n’y a pas de véritable divergence théologique justifiant aujourd’hui une rupture de communion entre les évêques.

De plus, l’activité missionnaire a permis l’établissement de nouvelles communautés en Amérique du Nord, en Asie et en Afrique. Ces communautés constituent une extension des territoires rattachés à Moscou, Alexandrie ou Constantinople.

Enfin, les évènements historiques survenus au cours du XXe s. ont provoqué l’établissement de nombreuses communautés orthodoxes sur l’ensemble de la planète, notamment dans les pays d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord.

Dès le XIXe s., de nombreux intellectuels de la Russie pré-révolutionnaire ont inspiré une redécouverte et une régénérescence de la théologie orthodoxe, témoignant d’une spiritualité vivante et dynamique, dépassant les crispations historiques.

Beaucoup de croyants ont ainsi perçu dans les bouleversements mondiaux du XXe s. une intervention providentielle en vue d’étendre le témoignage de l’Église orthodoxe et de l’inciter à dépasser sa situation antérieure.

Cependant l’organisation globale des Églises orthodoxes n’a pas changé depuis le XIXème s. La situation ecclésiale d’un grand nombre de pays est ainsi devenue incohérente avec l’ecclésiologie apostolique : on observe sur un même territoire une superposition de diocèses ; les fidèles des communautés eucharistiques se regroupant fréquemment selon des critères linguistiques, culturels ou ethniques, ce qui favorise, dans une même région, le maintient de plusieurs diocèses dont les évêques dépendent de primats différents.

Cette situation ainsi que les tensions qui parfois les accompagnent affaiblissent le corps de l’Église en altérant ses dimensions territoriales et conciliaires. Dès lors, dans de nombreuses régions, il est devenu habituel que les chrétiens d’un même lieu se réunissent autour d’évêques différents. Cette habitude, qui peut s’expliquer lorsque les évêques sont en rupture de communion – mais qui exige tout de même un débat théologique en vue du rétablissement de la communion – devient contradictoire avec la nature de l’Église lorsqu’elle s’établit entre des évêques en communion les uns avec les autres. Cela laisse supposer une détérioration de la conscience de la catholicité de l’Église de la part des fidèles et un attachement excessif à des particularités qui sont secondaires au regard de l’unique nécessaire porté par la foi orthodoxe.

Loin d’être une cause de dissension cette diversité trouve toute sa place dans une ecclésiologie qui prend pour modèle la circularité d’amour qui unit les trois Personnes divines, elle devient alors source de richesse et de création et permet de rendre un témoignage authentique du Dieu vivant au cœur d’un monde qui aspire à la paix, à l’amour, au bien être et à la vie et qui à travers cela attend secrètement l’avènement du Royaume de Dieu que l’Église se doit d’anticiper dès maintenant.




L'orthodoxie aujourd'hui en Europe occidentale

Une grande partie de la présence orthodoxe en Europe occidentale est due aux flux migratoires du début XXe siècle. Des nombreuses communautés d’origine grecques ou russes se sont alors mises en place.

La plupart des immigrés et leurs descendants se sont pleinement intégrés dans la société occidentale. Cette présence a également conduit quelques milliers de ressortissants des pays européens à entrer dans l’Église orthodoxe. Ainsi, en France, dès les années 20, la langue française a commencé d’être utilisée pour les offices liturgiques, ce phénomène a ensuite gagné les autres pays européens, comme l’Angleterre, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique, etc.

La communauté orthodoxe s’est également diversifiée suite aux contrecoups de la seconde Guerre Mondiale, puis la dislocation des régimes communistes, ainsi que les troubles du Moyen-Orient : Libanais, Syriens, Serbes, Roumains, Bulgares, Georgiens se sont largement implantés.

Face à cette nouvelle situation et suite à la prise de conscience qui a accompagné les deux Guerres Mondiales, un grand nombre d’initiatives ont été prises, concernant le monde orthodoxe, on peut citer :

L’Institut de théologie saint Serge,


Le mouvement de jeunesse orthodoxe ACER,


La fédération mondiale des mouvements de jeunesse orthodoxes Syndesmos


La fraternité saint Alban et saint Serge
,


La participation au Conseil Œcuménique des Églises,…


Au fil du temps, différentes vagues d’immigrations se sont superposées. Les nécessités qui y ont conduit et la manière dont l’éloignement du pays d’origine est ressenti sont loin d’être uniformes, ce qui occasionne tensions et malentendus. Un grand nombre de structures ecclésiales parallèles ont malheureusement ainsi été mises en place. Dès les années 30, il existait déjà trois entités ecclésiales distinctes au sein de la communauté russe…

Cela a donc conduit au paradoxe que nous connaissons aujourd’hui avec une orthodoxie implantée en Europe occidentale, mais menée par plusieurs d’évêques présents sur un même territoire et rattachés exclusivement à des primats issus de pays étrangers.

Cependant, un témoignage unifié de l’Église orthodoxe, se manifeste, en particulier lors des initiatives œcuméniques ou inter-religieuses. Au sein de la société, l’Église orthodoxe occupe une place discrète notamment par l’intermédiaire des médias. En Belgique, l’Église orthodoxe a même obtenu la reconnaissance et l’aide de l’État.

L’organisation de l’Église orthodoxe en Europe occidentale tend aujourd’hui à s’unifier. Ainsi, en France, suite aux efforts de rassemblement, les évêques se sont regroupés en un comité inter-épiscopale, devenue en 1997 l’Assemblée des évêques orthodoxes de France. Depuis des assemblées de ce genre se sont mises dans tous les territoires situés hors des frontières historique des Églises orthodoxes.

Ce type d'assemblée est conçu comme un organe provisoire, en attendant que l'organisation de l'Église orthodoxe dans les régions concernées se fasse en conformité avec la tradition canonique. Ce point est à l'ordre du jour d'un prochain concile orthodoxe prévu pour l'année 2016.



Pour aller plus loin

Afanassieff Nicolas, L'Église du Saint-Esprit, (coll. Cogitatio fidei, 83), Paris, Cerf, 1975.

Andronikov Constantin, «La diaspora et le prochain concile», Messager Orthodoxe, n°77(1977), p. 17-29.

Andronikov Constantin, «Avenir de l’orthodoxie en Occident», Messager Orthodoxe, n°79(1978), p. 3-25.

Clément Olivier, «L’ecclésiologie orthodoxe comme ecclésiologie de communion», Revue Contacts, n° 61, (XX-1968), p. 10-36.

Clément Olivier, «Avenir et signification de la diaspora orthodoxe en Europe occidentale», Revue Contacts, n° 103, (XXX-1978), p. 259-283.

Clément Olivier, « L’orthodoxie en France », SOP, n° 260, juillet août 2001.

Clément Olivier, «Dépassser les cloisonements ethniques pour mieux représenter l’unité et l’universalité de l’orthodoxie », SOP, n° 279, juin 2003.

Collectif, La primauté de Pierre dans l'Église orthodoxe, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1960.

Collectif, La Primauté romaine dans la communion des Églises, Comité mixte catholique-orthodoxe en France, Paris, Cerf, 1991.

Florovsky Georges, «Le corps du Christ vivant : Une interprétation orthodoxe de l’Église» dans La Sainte Église Universelle : Confrontation œcuménique, Cahiers Théologiques de l’actualité protestante, Hors-Série 4, Neuchâtel/Paris, Delachaux et Nestlé, 1948.

Florovsky Georges, «Les limites de l'Église», Messager de l'Exarchat du Patriarche Russe en Europe occidentale, n° 37, (1961), p. 28-40.

Meyendorff Jean, Orthodoxie et catholicité, Paris, Seuil, 1965.

Meyendorff Jean, «Le régionalisme dans l'Église : Structure de communion ou prétexte au séparatisme? Thème de discussion avec le catholicisme romain», Revue Contacts, n° 115 (XXXIII-1981), p. 193-210.

Papathomas Grégoire, «Les quatre niveaux à désinence commune de la polyarchie anti-ecclésiologique (Les quatre déviations anti-canoniques à désinence commune de la co-territorialité, qui impliquent l’anéantissement de l’Église)»
www.orthodoxa.org/FR/orthodoxie/droit%20canon/4%20Niveaux%20de%20Co-Terr-fr.pdf>

Schmemann Alexandre, Le chemin historique de l’orthodoxie, (coll. L’Échelle de Jacob), YMCA-Press, Paris, 1995.

Stavrou Michel, «Quels défis pour l'Église à l'aube du troisième millénaire? », Revue Contacts, n° 213, (LVIII-2006).

Stavrou Michel, «Les Pères de l’Église face au défi des migrants», Revue Contacts, n° 232, (LXII-2010).

Struve Daniel, « Être orthodoxe en occident : être Église en Occident », SOP, 354-355 (janvier 2011), p. 26-32; 18-22.

Zizioulas Jean, L'Eucharistie, l'Évêque et l'Église durant les trois premiers siècles, (coll. Orthodoxie), Cerf, Paris, 2011.

Zizioulas Jean, L'Église et ses institutions (coll. Orthodoxie), Cerf, Paris, 2011.


Zizioulas Jean, L'être ecclésial, (coll. Perspective orthodoxe, 3), Labor et Fides, Genève, 1981.